samedi 25 avril 2009

Je parle en Silence

Depuis une semaine je passe des heures sur mon TFE (travail de fin d'études). Je dois le rendre le 10 juillet. Oui, fin octobre je passe mon D.E ! Help ! Etant du genre à faire tout dans l'urgence, je ne manque pas à mes habitudes. Alors là, c'est trouille bleue, l' effervescence dans l'écriture. J'oscille entre l'envie d'écrire un roman sur mon sujet "la part du silence dans la relation soignant/soigné"chez un patient en soins palliatifs, et ce p..... de tefeu. Je bataille avec mes ressentis et la fameuse théorie que je dois exploiter.. Je n'aime pas théoriser, ça fige.
Une des questions que je me pose, c’est en quoi le silence partagé, au cours d’un soin peut il être aussi salvateur qu’une discussion?
En quoi ce silence, orienté par une intention d’apporter du réconfort, peut il engendrer chez le patient en fin de vie un cheminement dans ses pensées, un apaisement, une reconnaissance?
A quoi donc tient le délicat équilibre entre la parole et le silence bâti sur un accompagnement branché sur l’empathie et une attention de tous les instants?
Et quels sont les pièges à éviter?
Qu’est-ce que l’on fait lorsqu’on écoute ?
Est-il possible d’écouter l’autre sans s’écouter soi ?
Est-il possible de s’écouter soi sans écouter l’autre ?
Quelle est la place de l’autre en nous et la place de soi dans l’autre ?
Écouter, c’est devenir témoin de la parole qui se déploie. Celle-ci a besoin d’une certaine qualité de silence pour oser se dire. Je voudrais examiner la qualité des silences : de l’absence au mutisme, de la présence à la méditation, du désir en attente au silence habité… et la conséquence de cette qualité sur la parole, du bavardage jusqu’à la confidence. L’écoute est alors une réponse à la parole qui est elle-même une réponse au silence. Offrir un silence préparé est donc source de parole et chemin de l’écoute. Ce qui se dit guérit. l’esprit parle à l’esprit, le coeur parle au cœur, le silence parle au silence. L’écoute devient donc une forme d’être qui nous entraîne en pays inconnu.
Voilà, n'étant pas trop présente sur vos espaces car je bosse grave, je voulais vous faire part un peu de mes questionnements.
Si des réponses vous viennent spontanément, n'hésitez pas à écrire ce qui vous passe par la tête... Je rajouterai les plus jolies, ou celles qui m'interpellent à mon tfe, ça le rendra plus vivant et l'illustrera..
Bien, à vous.
Colombine

32 commentaires:

  1. Il est tard Colombine... sujet qui me ravit... j'aurais des choses à dire... je reviens demain soir.

    RépondreSupprimer
  2. Passionnant sujet de mémoire... la complicité d'un regard qui dit juste je suis là ou d'un geste une main posée sur une autre...sont bien evidement plus fort quand les mots ne peuvent plus soigner...
    En soins palliatifs, le patient sait...le soignant sait... au delà de "panser les maux..."
    bon courage pour la suite...

    RépondreSupprimer
  3. silence partagé
    seul cheminement doux dans mes pensées,
    seule source d'apaisement me réconciliant
    avec moi-même, chacun de son côté

    du silence partagé
    enfin
    enfin, reconnaissance de chacun
    donc de soi.

    silence partagé
    délicat équilibre entre
    parole mesurée et silence défendu



    silence
    attention de chaque instant
    puisque silence



    et les bruits à éviter
    moi qui vit lorsque j’écoute
    puisque je prends le temps
    d’écouter de vivre

    quand c’est impossible d’écouter l’autre sans m’écouter moi
    quand c’est impossible de m’écouter soi sans écouter l’autre

    et que l’autre est en moi
    et que moi je suis en l’autre
    du silence partagé


    si je ne te partage pas
    silence
    qu’est-ce qu’il me reste à partager ?

    RépondreSupprimer
  4. Rhooo, que c'est beau !! ce nouvel espace est tout relooké, preuve que je ne suis pas venu par ici depuis un moment, mes hommages dominicaux Dame colombine...
    L'importance de l'infraverbale, l'energie qui passe et qui circule d'un être à un autre, la première impression que l'on a en voyant quelqu'un, cette empreinte invisible que l'on laisse, cette part de soi difficile à décrypter.
    C'est magique, on se souvient d'un parfum (chose que les gens négligent souvent : l'odorat, féromone, energie, aura c'est un peu la même chose, non ? Nous sommes animaux hyper évolués qui avons négligé certains de nos sens), d'une luminosité différente à cet instant précis, d'un regard serein, confiant, bienveillant, et puis le sentiment et la force de savoir qu'on est, d'une manière ou d'une autre en mesure d'apporter de l'aide, du réconfort, parce qu'à cet instant on est tout entier là pour celui ou celle qui croise notre regard et SENS notre présence .
    Ce bonjour, ce seul mot qui fait que l'on trouvera la force de vivre une heure, un jour, une semaine, un mois de plus. Cet aurevoir, dechirant, qui brise parfois tant d'espoir, qui laisse la place au vide, aux souvenirs et aux douleurs, mais qui laisse aussi flotter dans l'air en suspend, quelque chose d'autre, de prometteur, de porteur et permet de patienter jusqu'au prochain salut...
    Entre ces deux moments tout peut être (non) dit.
    Seules compte la sincérité et la vérité de l'instant.

    RépondreSupprimer
  5. Le silence lève les barrières du verbe.
    Chuuuuuuuuuuut !

    RépondreSupprimer
  6. Le silence , n’est t-il pas dans un certain sens « l’écho de ce qui se dit à l’intérieur »

    Qu’il soit contemplatif , craintif , réciproque, ou tout simplement une désapprobation.
    il peut aussi prendre forme dans une multitude d’autre interprétations pour quelqu'un qui ne l‘a pas compris , pour qui ne fera pas preuve d’une certaine empathie .

    pourquoi somme nous tous vulnérables face à la detresse d’un patient ?
    Pourquoi cela va-t-il toujours mieux en le disant ?
    Face à la souffrance d’une personne nous sommes humains, nous avons tous,à des degrés différents fait la douloureuse expérience. Et face au stress de cette personne, nous sommes investi d’une missions dans le mécanisme de l’accompagnement , infirmières , famille , amis , chacun dans son rôle , dans son devoir envers le malade , selon l’importance de la place que l’on a tenue dans sa vie.

    L’écoute de l’autre ,de son silence il peut très bien raconter quelque chose ? , c’est déjà commencer une approche vers le cheminement du processus qui a conduit la personne à renoncer au dialogue, En ce sens, la parole, et l’écoute de celle-ci doivent être un échange sommaire et nuancé qui, à terme permettrait d’ouvrir une porte sur les attentes mutuelles sans pour autant tomber dans l’affectivité, l’écoute « cet être qui nous entraîne en pays inconnu » il se présenterait alors comme un médiateur,une sorte de guide vers les points de convergence ,pour interpréter les silences de chacun ,il serait là aussi pour permettre de ne pas rentrer dans un dialogue trop émotionnel tout en étant authentique, comprendre sa conséquence sur la souffrance du patient , l’impact de cette expérience dans notre conscience .


    qui ne dit rien consent.
    Qui l’écoute apprend .


    il me semble avoir commenté ailleurs ce sujet
    mais je te laisse ici mon impression à chaud …(parce que le soleil est revenu sur la mer bleu )
    Mais le vent se lève . ;o)

    T’embrasse

    V’ap

    RépondreSupprimer
  7. Le silence n'existe pas tant qu'il y a respiration, battements du cœur et échange des yeux.

    RépondreSupprimer
  8. Passionnant. Passionnant mais je ne saurais t'apporter de réponses. Je me contenterai d'un bon courage et m...

    RépondreSupprimer
  9. Le silence comme un soin...le silence pour permettre la parole du patient...mais comment y faire passer le sens que tu y mets? comment le rendre "audible" et empathique?
    Je trouve ton étude ambitieuse et un peu utopique aussi, sans doute parce que je travaille à l'hôpital et que je surprends trop de silences ( de soignants, de familles, de médecins, de moi-même) qui ne veulent dire que du silence, une absence de mots face à l'injustice, la douleur, la mort, le handicap etc...
    Mais c'est toi qui est dans le vrai; la formation est le temps de tous les posibles, des utopies absolues et éthiques, de la formalisation d'un savoir-être soignant à sauvegarder.
    Bravo pour ton engagement et ton challenge professionnel.

    RépondreSupprimer
  10. Le cheminement de ce travail est passé par plusieurs étapes, tout d’abord le choix de ma situation d’appel. J’ai été confrontée à plusieurs reprises au cours de ma carrière (22 ans aide soignante) à des problématiques, des situations difficiles, des moments ingérables. C’est avec enthousiasme que j’ai écrit plusieurs « situations d’appel ». Mes premiers essais n’ont pas été validés, ils étaient en fait un moyen de démontrer quelque chose que je connaissais déjà, et non un sujet de recherche et de questionnement. J’ai eu une période de flottement, où je ne savais plus vraiment bien quelle direction prendre.
    Puis au cours de ma 3ème année, je me retrouve en stage dans une équipe mobile de soins palliatifs et là dès la première semaine, j’ai été confrontée par les deux infirmières du service sur mon positionnement. En effet les 1ers jours, je me sentais frustrée. Mes habitudes de travail étaient très actives, dans « le faire » et dans « le dire « . Elles ont reconnu mes compétences de soignante, pour autant elle ont discerné dans mon attitude la légère angoisse que me procure « le silence » en face d’un patient, dans l‘attente du déblocage de la parole. J’essayais à tout prix de le rompre, d’agir, de proposer quelque chose qui pouvait être une réponse appropriée, supposée. Et de ce fait, malgré moi, je devenais « intrusive », je ne respectais pas le propre rythme du patient, je ne le laissais pas être dans son propre cheminement de pensées, j’induisais finalement des réponses à mes questions, certes parfois pertinentes, mais qui n’appartenaient pas forcément aux
    ressentis du patient. Ne répondaient pas non plus à ses besoins profonds de l'instant.
    Dans le cadre d’un service de soins traditionnel où les patients sont là pour se soigner et guérir, discuter avec eux peut apporter un supplément d’informations qui peut favoriser leur prise en charge. Dans le cadre d’un patient en soins palliatifs le patient est dans une phase de fin de vie et sa priorité est ailleurs. Elle prend une autre dimension. Les équipes de soins palliatifs ont été créés pour répondre à une demande d’accompagnement des personnes qui meurent tous les jours dans des douleurs non soulagées, dans la solitude et l’angoisse, et qui attendent de recevoir des soins de fin de vie adaptés, des soins qui leur permettent de vivre leurs derniers moments le plus dignement et humainement possible.
    Cette confrontation m’a frappée de plein fouet, elle remettait en question mes modes de communication que je pensais fiables et adaptés. J’ai été totalement déroutée pendant quelques minutes, pour autant intuitivement je ressentais qu’elles venaient de pointer du doigt un point de méconnaissance de ma part. j’ai accepté instantanément de lâcher prise avec mes convictions et d’entendre ce qu’elles avaient à me dire et à m’apporter. Elle m’ont demandé d’explorer, d’expérimenter les jours suivants « le silence dans la communication », de l’apprivoiser, d’arriver à me détendre, de penser à ma respiration tout en restant accueillante envers le patient, « contenante » tout le long de l’entretien. Ce que j’ai mis à profit dès le lendemain. La situation décrite ci-dessous en est le reflet. Je tenais « ma situation d’appel », celle qui me fallait explorer, théoriser. Un sujet méconnu pour moi. En quoi, «  le silence partagé « fait partie intégrante d’une relation d’aide ?

    Situation d’appel :

    Au cours d’un stage de troisième année à l’unité mobile de soins palliatifs, je découvre un « autre monde ». Une équipe soignante « différente » dans la prise en charge du patient. Une équipe qui intervient de façon transversale, en complémentarité, sans se substituer à l‘équipe soignante en place. Après deux ou trois jours d’adaptation au rythme et à l’organisation de ce service, nous voilà partis, le médecin, l’infirmière et moi-même au près de M.F atteint d’un cancer généralisé en phase terminale. Les traitements curatifs ont été arrêtés. M.F est à ce jour cachectique (38 kg), porteur d’une trachéotomie, n’ayant pas eu de rééducation à la parole, il ne parle pas. Il a encore son autonomie mais reste très asthénique. Nous sommes appelés pour des raisons éthiques (M.F refuse la plupart des soins), ainsi que pour un problème de douleur qui ne cède pas aux traitements actuels.
    En arrivant dans le service, une infirmière au milieu du couloir, nous accueille et en plaisantant nous lance "Ah ! les oiseaux de mauvaises augures!" Je suis surprise, et vexée, c’est pour moi la première fois que je m’entends interpelée de la sorte, et je ne supporte pas bien cette image à laquelle on m’associe.
    Nous prenons connaissance du dossier médical, ainsi que du dossier de soins, nous recueillons les informations nécessaires à notre intervention. Nous demandons à l’interne une synthèse sur la prise en charge de M.F. Celui-ci nous brosse un portrait rapide, où il est surtout question du refus de soins du patient et pour le coup, il dit se trouver dans une impasse thérapeutique et une impuissance difficile à assumer pour lui, majorée par la difficulté de communication (M.F ne parle pas et est très replié sur lui-même). L’infirmière du secteur rajoute qu’en plus il ne mange presque rien et qu’il refuse la sonde naso gastrique ou l’alimentation parentérale. Pour autant M.F comprend l’enjeu, il lui a été expliqué, et semble ne réagir que par la négative. L’équipe manifeste un découragement général.
    C’est avec appréhension que j’entre dans la chambre, l’idée de mort à court terme est là logée dans mon esprit, je m’attends à voir un patient qui veut mourir, et qui est déjà bien dégradé physiquement. Je m’attends à être confrontée à cette difficulté déjà vécue antérieurement au cours de ma pratique professionnelle.
    Je trouve un patient certes très maigre, mais avec un regard très vif, et une détermination dans sa façon d’être sur la défensive. La première entrevue fut rapidement éconduite par M.F qui exprime par mimique sa lassitude et son besoin de se reposer. Le médecin a réussi à avoir quelques renseignements dans l’évaluation de la douleur et fait une proposition de traitement. En quittant M.F, nous lui proposons de le revoir dans deux jours pour évaluer la douleur. Il semble accepter d’un signe de tête évasif.
    Après trois entretiens au près de M.F, celui-ci de lui-même, oriente le sujet sur « sa prise en charge ». Il prend facilement son ardoise pour nous écrire, nous décrire ses ressentis, ses besoins, il n’aborde jamais sa mort prochaine. Le temps d’écoute de ses plaintes, ses symptômes, par écrit, ou exprimés sur ses lèvres, ses silences la plupart du temps, le notre et l'acceptation de ses refus, l’intérêt porté dans une autre dimension, a favorisé chez lui, le besoin de vivre pleinement la fin de sa vie. Il accepte par la suite les traitements proposés pour soulager l’ensemble de ses symptômes. Comme par magie, un autre jour il induit un travail de sophrologie que je comptais lui proposer avec la respiration sans même que nous l’ayons formulé, c’est à l’écoute de son silence, en silence que le travail s’est produit.
    Je réalise et découvre au cours de ces différentes entrevues une nouvelle approche du patient. Je découvre un patient qui prend lui-même la décision de sa propre prise en charge, il a repris du pouvoir sur sa vie, sur le corps médical. Il prends soins de lui et n’ est plus un cas clinique entre « les mains des soignants » mais bien une personne. Dont la dignité est respectée.
    Je repense après coup, à cette réflexion « oiseaux de mauvaise augure » et c’est avec plaisir que je la confronte avec le cas de M.F qui a défaut de guérir a pour autant retrouvé son élan vital.

    RépondreSupprimer
  11. Merci à tous pour vos commentaires, j'apprécie beaucoup l'intérêt que vous portez à mon sujet ainsi que vos encouragements. Il m'en faut, car je m'embrouille, je bataille, j'efface, je reprends, je m'agace, mais par contre plus j'avance dans mes recherches, plus je suis fascinée par ce fameux silence, moi la pipelette tout azimut. J'en découvre toute la dimension.Le silence est ce que nous sommes, auto révélation de notre stase dans l'être. Il ne peut ni mentir et à peine pouvons nous dissimuler son sens. Il signifie la joie ou le malaise, la jouissance ou le tourment d'exister, c'est à dire la forme que revêt la conscience.Si en tant que soignant, on arrive à se synchroniser sur le patient à l'écoute de son silence, si on arrive à établir un climat de confiance, on risque de s'approcher de très près de ce qui est vrai pour lui à cet instant... le murmure en suivant à des chances d'être dénué de tous les parasites existants dans la relation orale et d'être au plus près de ses besoins.Je l'ai expérimenté sur plusieurs patients, de façon tacite et c'est magique... Je me pince, car je vous assure que ça ne m'est jamais venu à l'esprit auparavant.
    Je compte le mettre à profit dans ma vie personnelle (double confrontation)qui ne m'a pas échappée, moi qui devient quasi dingue face au silence de mes compagnons... Hum... :)

    RépondreSupprimer
  12. je t'invite à lire ce que dit Le Clézio sur les mots de l'intérieur.. çà apportera peut-être une pierre à ton édifice. ;)
    je t'embrasse

    RépondreSupprimer
  13. l'extrait de texte se trouve dans ma tour, j'avais oublié de le mentionner.. ;)

    RépondreSupprimer
  14. Bonsoir Colombine,
    Je passe depuis quelques temps chez vous sans laisser de trace.
    Connaissez-vous les livres de François Roustang et notamment "Savoir Attendre Pour Que La Vie Change". Je trouve qu'il décrit très bien ce que vous cherchez décrypter. Le silence et l'immobilité confiante du thérapeute dans les possibilité de son patient. Et cette étincelle qui nait de l'acceptation de la situation dans le présent, telle qu'elle est.

    RépondreSupprimer
  15. bonsoir .

    voila pourquoi .

    je vis les silences et la mer , et les écrits aussi .

    v'ap

    RépondreSupprimer
  16. ... juste te dire que je t'ai lue, que j'ai lu aussi tous les avis sur la question... que je pense y réfléchir un peu... ma première réflexion, c'est le silence contenant, enveloppant ; donner le silence c'est tellement rare de nos jours dans nos vies d'agités du coeur ou du bocal... donner du silence c'est tant donner, c'est s'arrêter près de l'autre, respirer avec lui, écouter ses non-dits, lire ses regards, partager la pudeur....

    RépondreSupprimer
  17. Quelquefois parler fait pleurer et si l'on ose pas pleurer on choisi de se taire, ou de tourner la tête, ou de fermer les yeux. Bises

    RépondreSupprimer
  18. Pour moi le soin est parole, il se passe de mot! Un geste soignant, le toucher est une forme de communication beaucoup plus forte que les mots. Après le décès de mon mari, une amie, qui avait tout compris, passait chez moi. Après qu'elle ait sonné et que je lui ai ouvert la porte, elle me serrait dans ses bras très fort et repartait. Elle m'a aidée bien plus que tous ceux qui parlaient! Dans la douleur les mots sont impuissants, seuls les gestes comptent, voilà mon opinion!

    RépondreSupprimer
  19. Une écriture talentueuse !

    " Pupuce "

    RépondreSupprimer
  20. Ce qui est bien avec le silence c'est qu'on est sûr de ne pas laisser échapper un mot qui blessera ou une parole qui sera mal interprétée. Le silence ne laisse passer que les émotions alors que les mots peuvent être mal compris. Il m'arrive souvent de regretter des mots que j'ai prononcés - voire même écrits - et qui n'ont pas été compris par mon interlocuteur ... les mots n'arrivent pas toujours à traduire la pensée !
    Bises
    Coralie

    RépondreSupprimer
  21. Un commentaire, pas suffisamment travaillé et qui pourtant me travaille depuis que j'ai pris connaissance de vos propos sur le sujet.
    Je suis loin d'être indifférent à ce qui s'aborde ici, plus lacanien que moi aurait écrit saborde.
    Au cours de l'existence j'ai eu à me trouver confronté à plus d'un qui se croyaient des droits sur moi, en décidant sans moi de ce qui me concernait au premier chef. Il se trouvait que j'étais en assez bonne santé pour faire entendre et respecter mes choix personnels. Aussi , ce n'est pas sans appréhension que je mesure combien je serai vulnérable le jour où dans des situations semblables ma santé m'aura abandonnée.
    Si je me trouvais dans votre situation et si je devais exercer de tels accompagnements, je ne m'y engagerais qu'en suivant parallèlement une psychanalyse personnelle.
    Je serais également discrètement très circonspect et à distance de l'équipe à laquelle je me trouverais intégré.
    Maintenant si j'étais interrogé, dans le cadre d'un examen, sur la pratique clinique des soins palliatifs et de l'accompagnement en fin de vie, je me montrerais très conformiste. Je répondrais comme mes cours m'y auraient préparé.

    Le droit, l'éthique, la médecine, la psychanalyse, les uns et les autres avons un long bout de chemin croisé à effectuer pour avancer vers des ouvertures auxquelles nous ne sommes pas globalement préparés.

    Je crois qu'en situation je m'efforcerais d'aider au mieux le mourant à rechercher et décider, voir au mieux ce qui est le mieux pour lui. Que l'essentiel de mon rôle résiderait là?
    Tout ceci est très approximatif de ma part. Si je mourrais là, je vous dirais : je veux mourir sans brutalité de votre part, demandez-moi mon avis pour tout.

    Bon courage, je vous souhaite d'être entourée de gens bien dans pareille situation.

    baltha

    RépondreSupprimer
  22. une bise en passant et une précision qui n'a rien à faire ici, certes mais que je me permets de faire quand même histoire de déporter légèrement l'esprit ailleurs, comme pour l'aérer
    c'est Siam et pas S'iam... :)
    T'embrasse !
    Laule

    RépondreSupprimer
  23. Merci, merci à tous..
    je vous lis et je suis vraiment touchée par vos commentaires, parfois même bouleversants..
    De toutes façons je suis bouleversée en ce moment.. tout ça remue des trucs..
    Bon, demain j'essaie de faire un p'ti tour chez tout le monde..
    b'nne nuit :)

    RépondreSupprimer
  24. Je suis gériatre et je comprends parfaitement ce que tu avances avec autant de délicatesse
    excuse moi mais :
    JE VAIS TE PARLER COMME CELA VIENDRA
    SANS QUEUE NI TETE
    JUSTE CE QUI ME VIENT DANS MES PENSEES COMME CELA
    je serai sans censure ni reformulation
    comme un premier jet POUR ETRE PLUS VRAIE
    c vrai soigner les personnes en fin de vie est un métier particulièrement dur
    il faut beaucoup de travail sur soi pour le faire car nous avons à faire à des personnes c vrai diminuées par plusieurs maladies mais souvent très lucides QUAND ELLE RECOUVRENT UN MOMENT LEUR MEMOIRE
    des fois, leur silence me trouble au plus profond de moi même.
    leur regard me transperce et j'ai l'impression que ce n'est plus eux qui ont tellement besoin d'aide mais nous les thérapeutes, les plus jeunes.
    des fois quand j'ai affaire à des Alzheimer enfoncés dans leurs maladies, je reste impuissante et je m'autoévalue dans une course effrénée pour accrocher un regard absent ou un mot fuyant.
    Leur mutisme me dégrade parfois.
    une fois j'ai eu affaire à une dame démente autrefois imposante qui ne pesait pas plus de quarante kilos sur son fauteuil qui n'avait plus ou très peu parlé depuis fort longtemps
    ses enfants souffraient de son silence et avaient balayé ciel et terre les plus grands toubibs pour la soigner
    un argent fou , des efforts gigantesques et une impuissance fatale qui crève les coeurs.
    On me demanda pour la traiter

    les premiers jours, elle détournait sa tête à tout contact dans une autre dimension
    je crois que dans ces moments,je me suis jamais sentie aussi impuissante et petite
    j'ai continué à l'accompagner dans son mutisme je prenais une chaise et je me taisais!
    qq fois elle sortait bizarrement de ses absences pour me fixer puis repartait d'où elle venait sans bcp de bruit.
    le jour où ces enfants décidèrent de l'hospitaliser, je lui en parlais comme pour demander son avis
    elle leva la tête, accrocha ma main dans une pression forte puis me chuchota dans un souffle inaudible presque:
    "non je ne veux pas laissez moi mourir dans ma maison "

    je leur fît part de sa décision
    je ne sais pas s'ils m'ont crue mais une chose est sûre, elle les quitta avant l'arrivée de l'ambulance qui la transporterait à l'hôpital
    Depuis je sais qu'il faut savoir observer le silence.
    VOILA, j'ai presque tout dit

    souvent il est plus éloquent que n'importe quel discours

    RépondreSupprimer
  25. Je te fais confiance pour mener à bien ton projet, ta thèse... Ecriture et compétence pro sont là, je le sais...
    Je passe une journée tous les quinze jours depuis une année, en accompagnement de mon père pour sa chimio (double protocole...). Je vois donc de très près les comportements des infirmièr(e)s, internes, aides soignantes, psy, nutritioniste etc... et je peux te dire que l'impact de la parole, comme du silence sur le bien être, le moral, la patience face à ce traitement lourd, aux effets secondaires indésirables... de cet homme de 84 ans est d'une importance majeure...
    Il y a une infirmière par exemple, qui parle beaucoup, beaucoup trop...qui le déstabilise... elle parle de ses problèmes perso, de sa crainte de faire des horaires sup quand il ne reste plus que lui en fin de journée dans ce service de semaine (c'est le vendredi soir...). Il ne supporte pas le silence de la psy... pas plus que ses questions lorsqu'il y en a..."Elle ne me croit pas quand je lui dis que j'ai le moral..."
    Bref, je pourrai m'étendre sur ce sujet, mais pas de temps...
    Je te fais des bisous... et n'oublie pas de te lire, même si je ne laisse pas de commentaire...
    Fidji

    RépondreSupprimer
  26. A tous--> J'entends, j'écoute, je perçois, je ressens... Je suis émue. Ces derniers temps, je touche presque quelque chose qui me semble essentiel et que je ne discerne pas pour autant.. ça me chamboule..
    Merci de votre attention, de vos mots et vos silences. Trop émue pour répondre à chacun de vous, j'ai des larmes inconnues qui montent et perlent en retenue.

    RépondreSupprimer
  27. Voici un petit témoignage et donc l'apport d'une toute petite pièce à l'édifice...
    Je vais donc témoigner comme le conteur que je suis.
    Et si il y a bien un art qui est l'art de la parole, c'est bien celui-là. Et parce que justement il est l'art de la parole par excellence il est aussi et peut être avant tout, l'art du silence...
    Souvent lorsque j'interviens comme formateur à la pratique du conte la première chose que je fais est d'inciter les conteurs débutants "à arrêter de courir" et d'introduire des silences.
    Et en règle général, je me retrouve avec des histoires interminables trouées par des flottements sans but ni raison.
    Il me reviens alors d'expliquer qu'un silence n'est pas un "temps mort", mais doit être "habité".
    Habité par quoi alors ? Par l'avant de l'histoire, par son après, par son présent... Par un mystérieux pouvoir d'évocation, par une densité particulière...
    Si le conteur n'est pas "habité" par l'histoire qu'il raconte, ou autre chose, ses silences seront morts.
    Et le silence en soins palliatifs (et je dis ça après une visite très récente à une vieille dame que j'aime beaucoup en fin de vie) pose peut-être simplement cette question-là : par quoi suis-je habité quand je ne parle plus ?
    Car trop souvent nous nous remplissons de nos mots par peur d'un vide étrange...
    Et j'imagine alors, (je dis bien j'imagine car je connais peu ces métiers) que peut-être le secret pour le soignant de ce fameux silence en soins palliatifs est peut-être simplement qu'il est nécessaire que ce soignant soit, en ces instants, "habité" par "quelque chose". Par une présence, un sentiment de vie, un lâcher-prise... je ne sais encore le définir.
    Au même titre que le conteur qui à un moment doit effacer un peu de lui-même pour laisser poindre une présence qui le dépasse un peu...

    RépondreSupprimer
  28. Je crois que dans les grandes épreuves ou avant de passer de l'autre côté (mais je n'ai pas d'expérience sur ce point), on aime avoir quelqu'un auprès de soi, qui soit en connivence ou simplement amical. Un peu comme on est perdu en pays étranger, dans des circonstances difficiles, et qu'on rencontre quelqu'un qu'on connait, avec qui on peut partager au moins un regard et quelques non-dits. Et là, ça va déjà mieux. Parler ou ne pas parler dépend alors du caractère de chacun.

    RépondreSupprimer
  29. Ceci dit je n'ai jamais assisté quelqu'un dans ses derniers instants, sauf - quelques heures avant - la personne qui m'avait réellement élevé. Je n'ai rien dit (que dire ?), je lui ai tenu la main et je dois dire que c'est comme si tout était passé par là.

    RépondreSupprimer
  30. Je n'aurais pas dû en parler... Ah là là.

    RépondreSupprimer
  31. Moi aussi je suis sur mon TEFE qui traite de la place du silence dans le soin. C'est difficile, on se perd,nous aussi en tant que soignant dans le silence, un silence pour accepter, un autre pour éluder. Ne pas meubler le silence, une position juste professionnelle.

    RépondreSupprimer