Extrait d'Elle c dit (1)Extrait d'Elle c dit (2)
Extrait d'Elle c dit (3)
Une nouvelle année commence. Elle voit s'amenuiser, se flétrir son idylle. Elle mesure le chemin parcouru. Elle a conscience de s'accommoder de la moindre médiocrité. Elle oscille entre fuir cette réalité et s'en nourrir au compte gouttes. Elle ne renonce pas, progressivement privée de tous regards critiques sur la situation. Elle se dédouble. Elle l'aime, est totalement sous emprise. Les chauds-froids auront atteint les failles de son cerveau.
Drôle de maladie, sans forme, sans fièvre. Une maladie de rien. Une maladie qui est dans les chairs, dans le sang, une maladie du coeur. Silencieuse et insidieuse. Avec une aisance née, elle se glisse dans les circonvolutions des méandres de son cerveau. Se fraye un passage dans l'inconscient et vient toucher l'âme. Cachée dans les plis, dans la suspension du temps entre deux rêveries, dans la respiration entre deux rires, ou entre deux sanglots. Elle est proliférative. Au début c'est un voile de soie posé sur les yeux et tout au fond du crâne. C'est pour cela qu'il faut du temps pour se rendre compte qu'on en est atteint.
C'est une maladie sans nom. Sans vrai nom. Elle est difficile à décrire, et les symptômes sont propres à chacun. On en dit le long cheminement d'une douleur sans douleur, et le glissement progressif vers les ténèbres. L'effondrement insolent qui vrille chaque instant. Maladie de l'inaccessible, puisque rien n'est désormais intelligible, puisque tout est définitivement inabordable directement. Puisqu'il faut sans cesse inventer des chemins différents, pour relier en soi ce qui est disjoint, ce qui est décollé. Puisque tout est un champ d'épreuves, puisque toute la joie, tous les plaisirs se dérobent comme une eau qui s'infiltre dans les fissures de chaque geste. Elle suinte, elle goutte.
C'est une maladie sans nom. Sans vrai nom. Elle est difficile à décrire, et les symptômes sont propres à chacun. On en dit le long cheminement d'une douleur sans douleur, et le glissement progressif vers les ténèbres. L'effondrement insolent qui vrille chaque instant. Maladie de l'inaccessible, puisque rien n'est désormais intelligible, puisque tout est définitivement inabordable directement. Puisqu'il faut sans cesse inventer des chemins différents, pour relier en soi ce qui est disjoint, ce qui est décollé. Puisque tout est un champ d'épreuves, puisque toute la joie, tous les plaisirs se dérobent comme une eau qui s'infiltre dans les fissures de chaque geste. Elle suinte, elle goutte.
Elle commence à lui écrire des lettres, dépourvues de sentiments, mais extrêmement profondes, justes, et brûlantes. Elle n'arrive toujours pas à lui parler, mais sait lui écrire. Ses lettres deviendront une drogue pour lui.
Ils vont se rapprocher peu à peu. Lorsqu'ils sont ensemble, plus rien n'existe autour. Ils se retrouvent dix minutes, un quart d'heure tout au plus, après le travail. Sur le chemin du retour, il y a une petite route qui se perd dans la garrigue, quelques maisons bien cachées, dont on aperçoit les lumières quand la nuit tombe, seront les seuls témoins de leurs ébats. Les bords de la route sont envahis de haies très denses, recouvertes de ronces, avec des mûres au mois d'août. Leur coin s'appellera "les mûres". Elle est malade de lui. Elle va se soumettre pendant de longs mois à son bon vouloir, ne demandant jamais rien. Quelques fois, il la suivra, et d'autres il continuera son chemin. A chaque fin de garde, elle guettera dans son rétroviseur, si il met son clignotant pour tourner derrière elle sur le chemin des mûres. Jamais il ne l'avertira, refusant d'installer une liaison. Secrètement meurtrie, elle s'armera d'une patience inouïe.
A suivre...





